La douleur de lâcher prise

(dear English speaking readers: regular service in English will resume soon)

« Mais ça fait mal! »

C’est une phrase que j’entends souvent, une phrase que je pense encore parfois.  Ça fait mal, la première fois quand on monte sur le trapèze et la barre se frotte contre notre peau nue, quand les mains se fatiguent de monter la corde, ou quand on fait des étirements pour obtenir son grand écart.
Les pétits enfants que j’enseigne me demandent : Comment tu le fais ? Mais est-ce que ça te fait pas mal ?

Pendant une séance de trapèze double avec une élève à l’école de cirque En Tout Sens

Je dis pas que ça fait pas mal, parce que je sais que ça serait une mensonge. Je dis juste que, peut-être, un jour, ça fera moins mal, ou plus du tout, ou peut-être ç’est juste la perspective qui change et le corps qui apprend que oui, ça fait un peu mal, mais c’est tellement val la peine ! En fait, ça nous ne casse pas, ça nous fait durcir.
Et finalement, on commence à aimer cette petite douleur, dans une façon pas tout à fait évidente, mais on l’aime malgré tout, comme une chose qui nous fait grandir, et on comprend que ça, en soi, est assez bon. 

Une adhérente adulte de notre petite école de cirque présente son numéro de tissu au Festi’lac d’Aydat

Et voyager, vivre même ? Ce n’est pas si différent. Chaque fois que je tombe amoureuse d’un moment, d’un endroit et ses habitants, chaque fois que je me trouve si heureuse que mon cœur pourrait exploser, ça fait mal aussi – parce que c’est bien connu qu’aucun moment ne dure éternellement, et parce qu’il faut que je le laisse partir, que je laisse la vie continuer, que parfois je dise aurevoir quand j’aimerais bien rester.

Il était une fois un chémin, en attendant ceux qui divaguent, et la vie était insoutenablement légère…

Chaque fois, j’apprends de nouveau que mon cœur n’est toujours ni calleux ni endurci et c’est vraiment que la perspective qui change. Oui, oui, ça fait mal ! Mais je ne le changerai pour rien, pas un souffle de cette merveilleuse vie, pas une seule rencontre, pas un seul sourire échangé entre étrangers, pas une âme qui a touché la mienne.

Chère France, merci pour me faire grandir chaque fois que je viens & merci pour tout, chers nouveaux amis !

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Miri

handstandsontheroad (équilibre dans la rue – édition française)

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